NOMMER LES BATARDS DE NOBLES EN BRETAGNE AUX XV-XVIIe siècles

Publié le par OlivierC

NOMMER LES BATARDS DE NOBLES EN BRETAGNE AUX XV-XVIIe siècles.

 

Les nobles bretons qui reconnaissaient certains de leurs bâtards pouvaient leur donner comme nom de famille leur propre nom, le nom de leur concubine, mère du bâtard ou le nom d’une de leurs terres, d’un manoir, d’un château ou d’une métairie noble. Cette 3ème forme de dénomination constituait une reconnaissance symbolique et honorifique pour ces bâtards, surtout dans le contexte de la réforme catholique post concile de Trente où l’Eglise catholique renforce son contrôle sur les mariages. Mais elle n’était pas de nature économique car ces bâtards n’héritaient d’aucune terre de leur père.

L’examen des montres des feudataires de 1480 dans les évêchés de Dol, St Brieuc, St Malo et Tréguier, éditées par Michel Nassiet, montre que, déjà à la fin du XVe s, les bâtards devenus feudataires et hommes d’armes étaient peu nombreux. Michel Nassiet en recense 13 au total pour ces quatre évêchés sur un total de 4833 feudataires, soit 0,27%. L’évêché où ils étaient les plus nombreux était celui de St Brieuc, connu pour sa plèbe nobiliaire nombreuse, avec 0,38%.

Michel Nassiet constate aussi, dans un article « Les bâtards dans l’Ouest du XVe et au début du XVIe siècle », publié en 2015 dans la Revue du Nord, que leur revenu noble était en moyenne très inférieur à celui de la petite noblesse ce qui prouve bien qu’ils n’héritaient pas, ou très peu dans le meilleur des cas, de leur père.

Pourtant l’examen des cas qui suivent montre que nombreux portaient les qualifications honorifiques de noble homme et de sieurs. Si certains devinrent des laboureurs et se mélangèrent totalement avec le tiers état, d’autres réussirent à contracter des mariages avec filles de la noblesse. Pourtant aucune de ces familles ne se présenta à la réformation de 1668, sans doute fort conscientes de leur origine bâtarde.

 

* La montre des feudataires de l’évêché de St Brieuc en 1480 indique un Sevestre/Sylvestre du Gué de l’Isle à Bréhan-Loudéac, bâtard de Jean de Rohan (+1493) sieur du Gué de l’Isle.

 

* Michel Nassiet, dans un autre article « Bâtardise, violence et normes de comportement au XVIe siècle », publié en 2016 aux PUR dans « Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne », indique au XVIe siècle l’existence d’un Jehan de La Couldre advoué bastard de Raoul Louaysel sieur de la Couldre.

 

* A St Cast, le 2/6/1622 est né le fils bâtard de Louise Pairy, avoué à Eustache de Launay sieur du Boiseslucas, il fut nommé Pierre du Boiseslucas. Ses descendants se déplaceront à Crehen puis à St Maudez. Eustache de Launay est sans doute né (vue les dates de naissance de ses frères cadets) un peu avant 1600. Il va fiancer le 27/12/1626 à St Cast et se marier le 10/2/1627 à St Cast, où il décède le 5/6/1642. Son mariage vers 27/30 ans explique la naissance de son bâtard durant son célibat de jeune adulte.

 

* Les Comptes de la seigneurie de Lamballe du XVIe siècle, édités par Jacques-Henri Clément en 2015, permettent de mettre en évidence une famille de La Hunaudaye bâtarde des Tournemine seigneurs de la Hunaudaye.

Le compte de 1538-1545 (AD22 1E84) indique ainsi le rachat de « celui de Cristophe bâtard de la Hunaudaye rapporté par Me François de la Hunaudaye son fils »

Puis toujours dans le même compte : « Cy ampres sont les douairières :…Catherine de Lesmelleuc veuffve de feu Chripofle avoué bastard de la Hunaudaye ». Les de Lesmelleuc étaient une famille noble.

Le site Infobretagne.com nous indique : "Vers 1520, Jean de Saint-Denoual cède par échange la terre de Noyal à Christophe bâtard de la Hunaudaye et à Françoise de Lesmelleuc, son épouse. Et  réformation du 8 mars 1536 : Hocquigné (à Christophe, bâtard de La Hunaudaye, anciennement à Saint-Denoual) ". 

Christophe de la Hunaudaye est sans doute né vers 1470-1500.

 

* Un autre cas de bâtard des Tournemine seigneurs de la Hunaudaye apparaît en examinant les réformations à Pleven (paroisse limitrophe de Plédéliac où se trouve le château de la Hunaudaye) :

- Pleven réformation 01/01/1514 le Vaujoyeux qui fut à François Guynemer et à présent à écuyer Jean bâtard de la Hunaudaye; item Le Goutay appartenant audit bâtard

- Pleven réformation 04/03/1536 la maison et métairie du Vaujoyeux appartenant à Georges du Vaujoyeux noble personne et la métairie du Goutay audit du Vaujoyeux appartenante

Jean le bâtard reçu donc le manoir du Vaujoyeux et c'est sans doute son fils Georges qui pris le nom du Vaujoyeux comme nom de famille.

Il est intéressant de noter que ces bâtards de Tournemine (de La Hunaudaye et du Vaujoyeux) furent dotés de terres et reconnus comme nobles. Est-ce lié à la situation de la branche aînée des Tournemine qui était en train de s'éteindre par les mâles avec la mort sans enfant en 1500 de François puis la mort sans fils en 1524 de son frère Georges? L'héritière du château fut Françoise de Tournemine, fille de Georges, morte en 1542 et trois fois mariée.

 

* A Landéhen les de La Villetanet sont aussi sans guère de doute des bâtards des de La Bouexière sieurs de La Villetanet. En 1569 à la montre de l’évêché de St Brieuc François de la Bouexière sieur de la Villetanet est représenté par Jean de la Villetanet, sans doute son fils bâtard. La famille est présente à Moncontour en 1608 par le mariage de Mathurin de la Villetanet avec Catherine Le Moniant, puis de nouveau à Landéhen en 1632 lors du mariage de Jean de la Villetanet avec Marie de Bourdelle.

 

* L’Histoire d’Erquy de Jean Pierre Le Gal La Salle, tome 1, 1991, permet de découvrir deux autres de ces familles :

 

* A Erquy les de Bienassis sont des bâtards des du Quélenec sieurs de Bienassis. Ils sont qualifiés de nobles hommes et de sieur de Saint Cano (par mariage vers 1595 entre Mathurine de Cargrée et Olivier de Bienassis), de la Hauteville et des Petites Landes. En 1648 Jean de Bienassis épousa à St Alban une noble, la demoiselle Anne de la Villéon de la Ville Gourio.

 

* Egalement à Erquy les du Vaurouault sont des bâtards des Gouyon sieurs du Vaurouault. Ils qualifiés de nobles hommes et de sieurs de la Sente Verte et du Fief Pilange. Ils descendent de Lancelot Gouyon du Vaurouault sieur de La Ville Gour (°1518 +1585) qui eut plusieurs bâtards. L’un d’eux fut nommé Jean du Vaurouault et fut installé dans la maison du Vauroual. Ils obtirent le Fief Pilange par le mariage de Marguerite Bouchier et de Jean du Vaurouault. Jean du Vaurouault épousa en seconde noce une noble Marie de La Fruglaye. François du Vaurouault épousa avant 1666 Anne Denys, sans doute de la famille noble des Denys d’Erquy. Les liens entre la branche légitime et la branche bâtarde se maintirent au XVIIe siècle. En 1622 Briand fils de Jean du Vaurouault eut pour parrain Briand Gouyon du Vaurouault. En 1683 Louis du Vaurouault fut inhumé dans l’enfeu de la Ville Gour appartenant aux Gouyon du Vaurouault.

  

* A St Briac les de Beauregard sont des bâtards des du Breil de Pontbriand. Ils sont qualifiés de nobles hommes. Beauregard était une métairie noble située à Pleurtuit juste à côté du manoir des du Breil de Pontbriand et à la limite de St Briac. En 1594 Françoise du Breil était dame de Beauregard. Deux de Beauregard apparaissent dans les registres de St Briac au début du XVIIe : Paul de Beauregard époux de damoiselle Julienne Gouyon et Guillaume de Beauregard sieur du Domaine époux en 1612 de Françoise du Fresche. Les liens entre la branche légitime et la branche bâtarde se maintirent durant la première moitié du XVIIe siècle. En 1613 Jacquemine de Beauregard fut nommé par N. du Breil seigneur de Seven et par Jacquemine du Guemadeuc dame de Pontbriand. Une autre Jacquemine de Beauregard fut nommé également en 1613 par Mathurine du Breil. En 1649 Tanguy de Beauregard fut nommé par Tanguy du Breil seigneur du Pin.

  

* A Hénansal, fin XVIe-début XVIIe s., François de Saint Gueltas seigneur de la Touche à Loup (marié le 6/2/1600 à St Alban avec Mathurine de St Denoual) a eu une bâtarde Jacquemine de La Touche (-Alloux). Celle-ci a épousé un cadet de la famille noble des Cognets, Charles des Cognets sieur du Courroue, né le 30/03/1580 à Plurien (ils ont du se marier vers 1615-1620 ayant un fils François le 15/6/1621 à St Denoual). Lequel Charles des Cognets a également eu un bâtard Georges du Courroue, baptisé à Hénanbihen le 9/1/1604, donc avant son mariage avec Jacquemine de la Touche-Alloux. Dans ces deux cas on peut encore expliquer la naissance d'un bâtard par un célibat de jeunes adultes.

 

* A Planguenoual, les de La Villeaulne (Villeaune) auraient pu être selon une 1ère hypothèse des bâtards des Rouxel du Val.

La Villeaune était une terre noble d’Hénansal relevant de Montafilant aux Famille Rouxel Sgr du Val en 1563 puis aux de La Motte Rouge.

Un Julien Rouxel né le 15/10/1548 à Planguenoual est dit Sgr de La Villeaune et de Launay, il fut prêtre (il se peut que Thébaud de la Villeaune soit son fils?)

Thebault de la Villeaulne qualifié de noble homme et de sieur de la Chesnay épousa Catherine Baudre, sans doute vers 1585-1590 car ils eurent un fils François né en 1592 à Lamballe et un autre fils Jean sieur de la Chesnay qui épousa en 1609 (donc né avant 1591) Françoise Arnoul à Planguenoual.

Les trois générations de la Villeaulne qui se sont mariées ont épousé des nobles : Thebault avec Catherine Baudre, Jean avec Françoise Arnoul de la Ville Hervé et Jacques avec Charlotte de la Motte-Rouge.

Les liens entre la branche légitime des Rouxel et la famille bâtarde des de la Villeaune se maintirent durant la première moitié du XVIIe siècle. En 1592 Suzanne Rouxel est présente à la naissance de François de La Villeaune fils de Thebault. En 1613 Jean Rouxel du Val est présent à la naissance de Jacques de la Villeaulne sieur du Longuerays. En 1644 Jacquemine Rouxel est marraine de Gillette de la Villeaulne. En 1649 Suzanne Rouxel est marraine de Suzanne de la Villaulne. En 1653 Claude Rouxel est marraine de Pétronille Péronnelle de la Villeaulne.

 

Jean Marc Pihan a proposé une 2nde hypothèse sur l'origine de ces bâtards de nobles :

 "Suite à l'article " Nommer les batards de nobles en Bretagne" je ne pense pas que les de La Villeaune soient des bâtards des Rouxel. Mais plutot des de Saint-Gueltas
Je viens de ressortir de mes archives papier que j'avais prise il y a quelques années.
Nous trouvons déjà une Aliènor de La Villeaune marraine à Hénansal le 14/12/1548.
Dans la série 60J de La Messelière il donne un Jean de La Villeaune comme époux de Gilette Rouxel ° le 29/12/1578, fille de Mathurin et de Françoise de Lescu.
Il donne aussi un Jean de La Villeaune (le même?) époux de Julienne Guillemot ° 17/04/1576,+ 1647, fille de Guillaume et de Jeanne Le Garangière, elle se remarie avec François Constantin.
A la réformation de 1476 un Olivier de Saint-Gueltas demeure à la Villeaune en sa maison noble de saint-Gueltas.
A la réformation de 1513 à Hénansal un Guyon de Saint-Gueltas ou François de Saint-Gueltas pour La Villeaune au dit Saint-Gueltas où n'y a métayer depuis 10 ans. Le dit Guyon a un batard nommé Jehan du Hourmelin."

Cette hypothèse s'est finalement révélée la bonne. Dans un texte trouvé aux AD22 sur une agression mortelle contre Georges Callet , sieur de la La Planche en Quessoy, causée par François de St Guetas le 15/11/1600 il est indiqué que son frère Thébaut de la Villeaune avait participé à ce crime. Thébaut de la Villeaune est donc bien le fils de Charles de Saint Guetas. Les St Guetas possédaient une partie de la terre de la Villeaune en Hénansal comme le montre les réformations de la noblesse de cette paroisse.

 

* Un autre cas du même type concerne la branche cadette des de St Guetas à Hénanbihen. Ceux-ci, Guillaume puis son fils Christophe (°1547 Hénanbihen +1616 Hénansal) portaient le titre de sieur de Guenguen (ou Guengen).

Or on trouve (AD44 Fond Freslon pour Hénanbihen) le 10 avril 1588 baptême de Marguerite de Guengen fille naturelle de Bertranne Ruellan advouée du sieur de Quenguen. Ce sire doit être Christophe de St Guetas.

Mais on trouve aussi à Hénanbihen, entre 1573 et 1585, la naissance de 5 enfants du nom de Quenguen, fils de Gilles de Quenguen et de Julienne Hammonet. Le parrain du 1er en 1573 est justement Christophe de St Guetas sieur de Guenguen qui pourrait être le frère de Gilles de Guenguen, lequel doit être né entre 1540 et 1555 et donc pourrait être le fils de Guillaume de St Guetas sieur de Guenguen.

 

* A Planguenoual, les de La Ville Gourio sont sans doute des bâtards nobles des de La Villéon sieurs de la Ville Gourio.

Les liens entre la branche légitime et la branche bâtarde se maintirent du XVIe au début du XVIIe siècles. En 1576 Françoise de la Ville Gourio eut pour parrain : VILLEON (DE LA) Pierre (sans doute le sieur de La Ville-Gourio et des Vergers °1545-1607) et marraine : SENECHAL (LE) Jeanne (sans doute de la famille de Françoise Le Sénéchal, dame de La Ville-Gourio, l'épouse de Pierre en mars 1576). En 1579 Jean de la Ville Gourio eut pour parrain : COLLET Jean : sans doute Jean Collet °1557 +1583 fils de Julien Collet et de Catherine de La Villéon de La Ville Gourio. En 1588 Pierre de la Ville Gourio eut pour parrain : METAYER (LE) Pierre (sans doute le sieur du Hourmelin, époux de Gillette de La Villéon de La Ville-Gourio, soeur du sieur Pierre de La Villéon de La Ville-Gourio). En 1605 Jean de la Ville Gourio eut pour marraine : VILLEON (DE LA) Gillette (sans doute Gillette de La Villéon de La Ville-Gourio, femme de Pierre Le Metaer, soeur du sieur Pierre de La Villéon de La Ville-Gourio). En 1610 Claude de la Ville Gourio eut pour parrain : VILLEON (DE LA) Claude Écuyer (sans doute Claude de La Villeon de La Ville-Gourio, sieur du Vau St Michel, °1579, fils de Pierre et de Françoise Le Sénéchal). En 1621 Charles de la Ville Gourio eut pour marraine : VILLEON (DE LA) Françoise  (sans doute Françoise de La Villeon de La Ville-Gourio, °1583, fille de Pierre et de Françoise Le Sénéchal). En 1637 Jean de la Ville Gourio eut pour marraine : VILLEON (DE LA) Jeanne (soit Jeanne de La Villéon de La Ville Gourio °1595 fille de Pierre et de Françoise Le Sénéchal, soit sa nièce Jeanne de La Villéon de La Ville Gourio °1616 fille de Jean et de Guillemette Gouyon).

  

* Deux autres cas de familles nommées d’après une terre noble pourraient correspondre à une branche bâtarde d’une famille noble, bien que, en l’absence d’autres preuves, un nom donné d’après le lieu dit où ils vivaient est aussi possible :

 - à Langueux les de Saint Illan pourraient être des bâtards des Berthelot seigneur de Saint Illan mais ils sont déjà très nombreux lorsque débutent les registres paroissiaux de Langueux (années 1600) ce qui indiquerait une origine ancienne (XVe ou début XVIe s ?). Quelques liens croisés sont notables : en 1604 Servanne Berthelot a pour parrain un de Saint Illan, en 1609 Jean de Saint Illan a pour parrain Jean Berthelot, en 1610 Antoinine de Saint Illan a pour marraine Jeanne Berthelot et en 1613 Olivier de Saint Illan a pour marraine Gillette Berthelot.

 

- à St Judoce les de Champsavoy pourraient être des bâtards des Grignard sieur de Champsavoy mais ils sont aussi assez nombreux lorsque débutent les registres paroissiaux de St Judoce (années 1570) ce qui indiquerait également une origine ancienne (XVe ou début XVIe s ?)

 Cette étude qui pose plusieurs hypothèses mériterait d’être poursuivie et complétée avec d’autres cas.

 

 

 

 

Baptême de Pierre du Boiselucas bâtard reconnu d'Etienne de Launay à St Cast en 1622

Baptême de Pierre du Boiselucas bâtard reconnu d'Etienne de Launay à St Cast en 1622

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Y
Bonjour,<br /> Il y a aussi Maurice DU ROCHAY bâtard de rené DU QUENGO Né le 31 mars 1656 - Langast, Côtes d'Armor, Bretagne, France Baptisé le 14 février 1662 - Langast, Côtes d'Armor, Bretagne, France.<br /> Jacques DU VAULDEGUY bâtard de Jean DE QUENGO Baptisé le 10 novembre 1611 - Langast, Côtes d'Armor, Bretagne, France.<br /> Plus généralement, je pense qu'on peut considérer tous les DU ROCHAY de Langast comme des Batards des DE QUENGO...<br /> Merci pour cet article
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